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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 12:26
Le 9 mars dernier se tenait à Paris au Palais Bourbon, une conférence de presse intersyndicale internationale sur le thème du droit  de travailler dans son pays dans sa langue.

Des voix s’élèvent depuis plusieurs années contre la domination de l’anglais dans des entreprises implantées en France. Ces voix sont soudain devenues plus audibles pour le grand public grâce à la décision de la Cour d’Appel de Versailles qui, en mars 2006, a accordé 580 000 euros aux quatre plaignants qui assignaient l’entreprise General Electric Medical Systems (Gems) pour non-traduction de divers documents de travail rédigés uniquement en anglais.

Quelques mois plus tard c’était au tour d’Europ Assistance d’être rappelé à l’ordre  par le Tribunal de Grande Instance de Nanterre qui a condamné l’entreprise le 27 avril 2007, à traduire deux logiciels en français, sous astreinte de 5000 euros par jour de retard.

Pour les Québecois auxquels la Charte de la Langue Française permet de faire valoir le droit de travailler en français au Québec, il paraît inouï qu’en France, il faille se battre pour défendre l’utilisation de la langue française sur le territoire.

Pourtant, selon le code du travail « Tout document comportant des obligations pour le salarié ou des dispositions dont la connaissance est nécessaire à celui-ci pour l'exécution de son travail doit être rédigé en français »

Quelles sont donc les raisons qui poussent les entreprises à imposer l’anglais à leurs employés :

-  Elles sont essentiellement économiques, les frais de traduction pouvant être très élevés.

- Par ailleurs, lorsqu’une société est en communication permanente avec des collaborateurs, filiales ou maisons-mères situés dans différentes zones du globe, il est plus simple en termes de gestion d’utiliser une langue unique, l’anglais.

-  Cela dénote également une réelle fascination pour l’espace anglo-saxon qui pousse les entreprises nationales à adopter des systèmes de gestion anglo-américains ce qui entraîne l’usage de l’anglais.

En conséquence, les salariés ne parlant pas anglais sont peu à peu exclus, remplacés par la jeune génération qui maitrise mieux la langue de Shakespeare ou même par des Anglo-saxons.  Le travail des travailleurs est dévalorisé car ils s’expriment mieux dans leur langue maternelle, leurs compétences sont ainsi totalement noyées par leurs lacunes linguistiques.

Cette situation entraîne immanquablement une baisse de la productivité (car même ceux qui maîtrisent l’anglais doivent fournir un effort supplémentaire pour travailler exclusivement dans cette langue), des quiproquos, une baisse de la motivation et surtout des erreurs qui, dans le secteur médical peuvent être très graves.

Au centre hospitalier Jean-Monnet d’Epinal, l’irradiation de plusieurs patients suite à un surdosage d’un appareil de radiothérapie est en partie due à une mauvaise compréhension de la notice d’utilisation… rédigée en anglais ( Libération du 13 septembre 2007).

Plus récemment, en Allemagne, 47 personnes opérées du genou dans un hôpital de Berlin ont été victimes d’une erreur médicale suite à une mauvaise traduction de la notice en anglais concernant leur prothèse.

Quelles solutions ? A la suite de la conférence de presse du 9 mars les résolutions suivantes ont été adoptées :


Comité du 9 mars pour le droit à la langue nationale et à la non-discrimination linguistique

Les représentants soussignés de syndicats d’Allemagne, de France, d’Italie et d’associations de promotion des langues nationales et de la diversité linguistique de ces pays ainsi que de Belgique et du Québec, réunis le 9 mars à Paris, au Palais Bourbon, sous la présidence de M. Jacques Myard, Député, Maire de Maisons-Laffitte (Yvelines) :

  • ayant manifesté et vérifié ce jour la similitude des situations dans leurs entreprises et notamment les plus grandes, de leurs langues nationales qu’une langue étrangère tend à supplanter, et la communauté des souffrances et discriminations que les salariés de leurs pays respectifs endurent du fait de cette imposition tout aussi bien que les avantages économiques qui en dérivent pour l’économie et le marché du travail anglo-saxons ;
  • rappelant que la discrimination linguistique est expressément interdite par la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, adoptée en l’an 2000, et que la parité de toutes les langues officielles est établie en termes de droit par les traités instituant l’Union européenne elle-même ;
  • s’appuyant d’une part sur leurs constitutions et législations nationales, et, d’autre part, sur la Convention sur la diversité culturelle, adoptée en octobre 2005 par l’UNESCO, et entrée en vigueur après ratification notamment de leurs propres pays ;
  • rejoignant les résolutions par lesquelles le Sénat français et le Bundestag allemand se sont adressés en 2009 aux autorités de l’Union européenne pour leur rappeler que l’Union se fonde sur « l’unité dans la diversité », que cette diversité s’exprime notamment dans le multilinguisme, que l’Union doit respecter la diversité linguistique et interdire « toute discrimination fondée sur la langue », et que cette Union a adopté des directives sur la sécurité et la protection des travailleurs ;
  • déterminés à faire cesser ces souffrances et discriminations, à rétablir la diversité linguistique et la dignité de leurs langues nationales, et à faire respecter le droit des salariés à travailler dans celles-ci ;

1)- Constituent le « Comité du 9 mars » pour le droit à la langue nationale et à la non-discrimination linguistique, composé par une coordination internationale de liaison des syndicats, des politiques, des associations de promotion des langues nationales et de la diversité linguistique, pour coordonner les informations et surtout lancer les actions nationales, européennes et internationales en faveur de la démocratie linguistique.

2)- Appellent à les rejoindre les syndicats, les élus et les associations de tous pays qui partagent respectivement les objectifs communs de cette Coordination et invitent toutes les organisations fondatrices à mettre autant que possible toutes les ressources humaines et financières nécessaires à un fonctionnement efficace de la Coordination.

3)- Précisent qu’en matière d’entreprises et de relations du travail, l’initiative d’éventuelles actions communes appartient à une Coordination syndicale internationale notamment pour coordonner les informations et surtout pour faire de la politique linguistique démocratique une priorité à l’intérieur des syndicats ; il importe en premier lieu de porter à la connaissance au plus haut niveau des syndicats européens les études réalisées par l’université de Genève et le collège du « Modern Üzletitudomànyok Föiskolàja » de Tatabànya en Hongrie, sur les avantages pour le système économique du Royaume-Uni.

4)- S’engagent à se donner le plus rapidement possible un Règlement de fonctionnement de la Coordination.

5)- Demandent au Président du Parlement Européen, aux Présidents des groupes parlementaires européens, à M. Graça Moura rapporteur sur le multilinguisme, et au Commissaire compétent, M. Léonard Orban, de recevoir d’urgence une délégation pour entendre leurs préoccupations relatives à la proposition de résolution sur le multilinguisme, qui apparaît inopinée et tardive en considération de l’imminence des élections européennes, adoptée par la commission Culture du Parlement Européen le 24 février dernier et annexée au rapport Graça Moura.

Nous vous invitons à visiter le site http://www.voxlatina.com pour en savoir plus sur le sujet.

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Published by LinguaSpirit - dans Actualités
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